Entretien avec Lionel SECOUSSE, développeur et membre de l’organisation de l’Agile Tour Bordeaux 2018.

L’Agile Tour, événement annuel de référence dédié aux méthodes agiles, fait étape à Bordeaux les 2 et 3 Novembre 2018 pour la 10ème année consécutive.


 

Au cours de 2 journées de conférences et ateliers, les participants auront l’occasion d’apprendre et échanger sur les nouvelles évolutions et les meilleures pratiques à partager. Nous avons voulu saisir l’occasion pour un entretien « agilité » avec Lionel Secousse, développeur adepte des méthodes agiles et l’un des organisateurs de l’Agile Tour Bordeaux.

• Bonjour Lionel, peux-tu nous parler de ton parcours et ta « rencontre » avec les méthodes agiles ?

 

Je suis développeur informatique, ce métier me passionne. Quand j’étais encore à l’école, on nous expliquait que nous allions débuter notre carrière en tant que développeur, que nous ferions ça 3-4 ans, et qu’ensuite nous serions chef de projet, directeur de projet, etc… C‘est complètement stupide. Le développement informatique c’est un métier technique, en évolution constante, et qui n’a aucun rapport avec la gestion de projet. Heureusement, cette idée reçue est (enfin) en train de changer.

Concernant mon déclic avec les méthodes agiles, j’ai commencé en étant “forcé” à en utiliser une ! Plus sérieusement j’ai été amené à travailler sur un projet qui utilisait Scrum, et c’est là que j’ai commencé à tremper dans l’agile. J’entendais des choses qui correspondait à ce que je pensais, sans l’avoir réellement formulé : “livrer rapidement le client”, “accepter le changement”, “communiquer”, etc.

Au départ je n’étais pas pour utiliser Scrum, le cadre ne me convenait pas et je ne comprenais pas toujours l’intérêt des étapes réalisées. Et une fois que j’ai compris l’intérêt et le but de la méthode j’ai accepté et même encouragé l’utilisation de cette méthode agile.

• Quelles sont les méthodes que tu utilises dans ton activité ?

 

Historiquement, j’ai commencé à travailler avec la méthode Scrum. J’ai été amené à me former en tant que Scrum Master ce qui m’a donné des outils pour pouvoir aider l’équipe à s’améliorer. Un scrum master n’est pas là pour diriger, c’est un développeur qui aide à résoudre les problèmes de son équipe. Les méthodes agiles sont avant tout des boîtes à outils dans lesquelles tu pioches pour pouvoir aider l’équipe. Pour autant, je n’ai pas du tout mis cette méthode en place dans mon entreprise. Scrum a plein de qualités mais demande des équipes matures. Ceci-dit je fais de la veille sur tout ce qui se fait en matière d’agilité, ce qui serait bien à mettre en place dans mon équipe.

Il y a un dessin que j’adore (ci-dessous) qui marque la différence entre faire de l’agile et être agile. Pour ma part je préfère cette approche “d’être agile”, de garder l’idée de livrer rapidement le client, de faire de la qualité, etc. Pour moi l’agilité ce n’est pas de se faire des nœuds au cerveau en se disant « est-ce que j’ai bien rédigé mon expérience client comme il fallait qu’elle soit rédigée », etc. Ce n’est pas parce qu’on applique une méthode que l’on fait de l’agilité. Si on y arrive c’est toujours un plus mais ce n’est pas une nécessité. Si tu gardes l’état d’esprit d’être agile c’est déjà une grande implication, tu peux quand même contenter le client et c’est ça le but initial de l’agilité.

Vision schématisée de l'agilité

Vision schématisée de l’agilité

• Certains développeurs sont plutôt critiques vis-à-vis des méthodes agiles, jugées trop peu flexibles, mal appliquées voire appliquées pour mieux surveiller les équipes. Quel regard portes-tu sur ces critiques ?

 

Je partage en partie leur point de vue. Par définition, le fait d’utiliser l’agilité pour surveiller ses équipes ne doit pas exister. En ce qui concerne Scrum, l’équipe prend un engagement sur le sprint et s’engage à faire un incrément fonctionnel à livrer au client. On n’a pas besoin de les surveiller puisqu’ils se sont engagés. Si jamais ils prennent du retard, ce qui peut arriver surtout au début si l’équipe ne se connait pas bien, ils vont tout faire pour finaliser et livrer à l’issue du sprint ce qui a été prévu. L’agilité repose essentiellement sur la confiance. A partir du moment où l’on parle d’agilité et de surveillance, il y a quelque chose qui ne va pas ensemble. C’est que la méthode n’est pas appliquée correctement.

Par ailleurs, Scrum est une méthode dont tu n’es pas obligé d’utiliser tous les outils. Elle est là pour te guider, ça ne peut pas être un carcan. En fonction des équipes il faut savoir prendre les bons conseils, les bonnes choses et au moins utiliser celles-là. Pour faire l’agilité, il faut que l’équipe soit dans l’état d’esprit de le faire. Sinon effectivement cela change les habitudes et si l’équipe n’a pas envie de changer ses habitudes, cela ne fonctionnera pas non plus. Les méthodes agiles reposent sur l’équipe. C’est à l’équipe de décider ensemble ce qu’elle va appliquer ou non, il n’y a pas d’obligation. Si une méthode agile est bien appliquée, on ne peut pas mal se sentir puisqu’on a choisi la manière dont on souhaite faire les choses.

• Les méthodes agiles à l’image de Scrum sont souvent utilisées dans des équipes relativement restreintes. Peut-on entamer une démarche agile au sein d’une organisation comprenant plusieurs centaines de collaborateurs ou ces méthodes sont-elles réservées à de petites équipes ?

 

Comme je le disais, c’est d’abord une question d’état d’esprit. Ceci-dit, c’est toujours plus compliqué de fédérer une grosse équipe sur un état d’esprit agile. Le risque de ne pas satisfaire tout le monde avec ces méthodes est plus grand. En supposant que tout le monde a cet état d’esprit, il faut rappeler que le Scrum est fait pour les petites équipes. Si l’équipe commence à dépasser 8 personnes il faut envisager de constituer deux équipes.

Comme le but de Scrum est de réaliser de petits développements rapides ce n’est pas un objectif adapté pour une grosse équipe. Si on prend mon exemple et celui des développeurs, on peut très bien faire du Scrum dans une équipe de 7 développeurs à condition de les répartir en 8 à 10 équipes où chacun aura un rôle bien défini au sein de son groupe. En tant que développeur je parle beaucoup de la méthode Scrum qui est la plus adaptée mais les méthodes agiles peuvent s’adapter à tous les secteurs d’activité et tous les métiers. L’exemple souvent pris et celui du Lean qui est issu de Toyota, qui faisait déjà de l’agilité dans ses usines dans les années 1970.

Si l’on garde en tête l’idée de s’adapter aux besoins du client, d’accepter le changement, tout le monde doit pouvoir faire de l’agilité. Par ailleurs, la segmentation est nécessaire surtout pour de grandes organisations qui pourront utiliser les méthodes agiles pour un projet où chaque équipe pourra se répartir les tâches.

• Peux tu nous parler plus précisément de l’Agile Tour qui fait étape à Bordeaux la semaine prochaine ?

 

L’Agile Tour c’est le rendez-vous des méthodes agiles ! C’est un événement dédié à l’agilité, à destination des professionnels mais aussi des curieux souhaitant découvrir les méthodes agiles, en savoir plus sur cette façon de penser et de travailler en équipe. L’Agile Tour Bordeaux c’est le weekend du 2 et 3 novembre 2018. Je serai présent à cette édition car je fais partie de l’organisation depuis l’année dernière. Pour moi c’est l’opportunité de faire de la veille, d’aller piocher des informations, de rencontrer d’autres personnes qui font de l’agilité, d’acquérir l’état d’esprit. L’Agile Tour Bordeaux a gardé cette spécificité qui était auparavant commune à tous les Agile Tour, les organisateurs ont voulu que cet événement reste gratuit. Les organisateurs proposent aux participants intéressés de les rejoindre et j’ai sauté le pas. L’Agile Tour est une belle expérience et j’aime bien ce qu’on en fait.

L’événement est ouvert à tout le monde, à toute personne qui souhaite découvrir l’agilité. Il y a beaucoup de conférences qui seront certes techniques et plutôt à destination d’un public initié, notamment des développeurs, mais aussi des conférences ouvertes à tous les métiers pour qu’ils apprennent à spécifier un besoin, à travailler avec une équipe agile. L’an passé, il y avait des participants qui n’étaient pas du tout du dans une branche informatique et qui ont participé à des conférences et des ateliers sur l’agilité.

• En plus d’être un amateur des méthodes agiles, tu es devenu récemment Design Sprint Mentor. Peux-tu nous en dire plus sur le Design Sprint et ce que tu trouves de bien dans cette méthode ?

 

Je suis en train de découvrir le Design Sprint. Je retrouve l’état d’esprit agile dans cette méthode. Déjà dans l’idée de faire parler toute l’équipe, le dialogue est très important dans l’agilité. On va réunir des gens du métier, des développeurs, des commerciaux, un panel de personnes que l’on va réunir pour résoudre une problématique. Le principe d’agir à la fois seul et semble me fait réagir, je me dis que ça ressemble beaucoup à de l’agilité. Je considère que la méthode est bonne et je fais d’ailleurs parti depuis peu de l’Académie Design Sprint Mentor d’Experteez.

Cette académie a été créée pour former des Design Sprint Mentors capable d’animer des Design Sprint pour aider des équipes à réfléchir et résoudre toute sorte de problématique et je trouve que c’est une bonne idée. Répandre l’esprit et la méthode Design Sprint est une très bonne chose. Encore une fois, j’insiste sur cet état d’esprit qui stimule l’humain et pousse les gens à parler et travailler ensemble.

• Quel conseil donnerais-tu à une équipe ou une organisation qui souhaite intégrer une démarche agile dans son activité ?

 

Il faut que ces organisations puissent acquérir la culture de l’agilité avant de mener un projet via des méthodes agiles. Une bonne appréhension peut être de faire venir un coach agile qui va pouvoir expliquer à l’équipe ce qui va changer dans leur travail, dans leur façon de penser et d’aborder les autres, de travailler en équipe et de se remettre en question aussi.

• Si demain tu as un projet à réaliser ou une problématique à résoudre au sein de ton entreprise ou avec ton équipe, quelle serait ta façon de l’aborder ?

 

Si c’est une problématique à résoudre, je proposerais de faire un Design Sprint, qui pour moi est la meilleure façon de solutionner un problème. Une fois qu’on a défini ce qu’on veut faire, on peut appliquer une méthode agile. Pas forcément du Scrum car tout dépend du projet et de l’équipe. Pour autant on peut garder l’état d’esprit. Il y a plein de choses à faire, que ce soit du management visuel à la franchise avec son client, etc.

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